Mauritanie : une circulaire sur l’arabe suscite un débat sur les langues nationales
Une circulaire datée du 20 octobre 2026 demande l’emploi de l’arabe pour les documents adressés au cabinet du ministre mauritanien de la Culture. Sa diffusion suscite des réactions sur la place des autres langues nationales, dont le soninké, et sur les conditions d’accès à l’administration. Les textes signés publiés les 20 et 21 octobre expriment des positions différentes, qu’il faut distinguer du contenu de l’instruction.
Une instruction visant les documents transmis au cabinet
La copie photographiée reproduite par ManaraInfo porte le numéro 000001 et la date du 20 octobre. Elle est adressée aux responsables du ministère de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, ainsi qu’aux dirigeants d’organismes placés sous sa tutelle.
Le corps du document demande d’utiliser l’arabe, à compter de sa signature, pour les correspondances, notes, rapports et autres documents transmis au cabinet du ministre. Dans cet intitulé, la qualité de porte-parole du gouvernement complète le titre du ministre. Elle ne désigne pas une obligation supplémentaire imposée, par cette circulaire, à toutes les administrations.
Tefassil rapporte également cette instruction le 20 octobre. La reproduction de presse permet d’en lire la date, les destinataires et le corps, mais sa partie inférieure est masquée par un bandeau éditorial. Aucun original directement publié par le ministère n’a été retrouvé dans les sources consultées. Le champ décrit est celui des documents adressés au cabinet ; il ne permet pas de conclure à une interdiction générale du soninké ou des autres langues nationales.
Le soninké reconnu parmi les langues nationales
Le cadre constitutionnel distingue deux statuts. L’article 6 de la Constitution, dans la version consolidée publiée par le ministère des Finances, reconnaît l’arabe, le poular, le soninké et le wolof comme langues nationales. Il désigne l’arabe comme langue officielle. Le préambule présente aussi la diversité culturelle comme un fondement de l’unité nationale et de la cohésion sociale. Il considère l’arabe, le poular, le soninké et le wolof comme un patrimoine national commun que l’État doit préserver et promouvoir.
Pour les locuteurs du soninké, la discussion touche ainsi à deux questions concrètes : la place de leur langue dans la transmission culturelle et les moyens de se faire comprendre dans les démarches publiques. Le statut officiel de l’arabe et la reconnaissance nationale du soninké relèvent de dispositions distinctes du même texte constitutionnel.
Des critiques et un soutien à la circulaire
Dans une lettre signée le 20 octobre et publiée par Rapideinfo, Abdoulaziz Deme demande le retrait de la circulaire et l’ouverture d’une réflexion inclusive sur les langues dans la vie publique. Il redoute des difficultés pour les agents et les usagers non arabophones, ainsi qu’une atteinte à l’égalité d’accès aux services. Ces risques constituent son appréciation de la mesure ; ils ne sont pas un bilan documenté de son application.
Le 21 octobre, Cherif Kane critique, dans une chronique publiée par Kassataya, la priorité donnée à cette décision. Il évoque la place du pulaar, du soninké et du wolof, ainsi que les difficultés de rédaction des documents techniques. Kassataya présente ce texte comme une opinion engageant son auteur.
Une position favorable est rapportée le 20 octobre par l’agence Tawassoul. La Campagne populaire pour la promotion de l’arabe et le développement des langues nationales salue la circulaire, qu’elle considère comme une mise en pratique du statut constitutionnel de l’arabe. Elle appelle d’autres départements à prendre des mesures similaires. Cet appel ne signifie pas qu’une extension à ces départements a été décidée.
Formation, traduction et accueil des usagers
Dans une analyse signée le 21 octobre sur Initiatives News, Ahmed Mohamed Hamada invite à examiner ensemble le fonctionnement de l’administration, les compétences des agents et les besoins des citoyens. Il distingue l’organisation des correspondances d’un département des règles générales applicables aux usagers.
L’auteur propose notamment des formations en arabe administratif, un accompagnement par la traduction et la révision, des modèles de documents et une période de transition. Il plaide également pour un accueil et une assistance adaptés aux langues comprises par les citoyens, tout en développant les autres langues nationales. Ce sont ses recommandations ; aucun dispositif ministériel reprenant ces propositions n’est annoncé dans les documents consultés.
À ce stade, les sources réunies ne présentent ni bilan d’application de la circulaire, ni cas vérifié de dossier refusé en raison de la langue, ni sanction constatée.

