PARIS — 22 septembre 2026. La troisième édition de la Journée internationale de la langue soninké a rempli la Salle I de la Maison de l’UNESCO autour d’une question devenue centrale pour l’avenir de la langue : comment faire du soninké non seulement une langue que l’on parle et que l’on transmet en famille, mais aussi une langue que l’on écrit, que l’on enseigne, dans laquelle on produit du savoir et avec laquelle on crée au XXIᵉ siècle ? Le thème retenu cette année résumait cette ambition : « De l’oral à l’écrit : faire du soninké une langue de production, d’apprentissage et de création au XXIᵉ siècle ».
Trois ans après la proclamation par l’UNESCO du 25 septembre comme Journée internationale de la langue soninké, l’édition 2026 donne le sentiment d’un changement d’étape. La reconnaissance internationale a constitué un moment historique. Désormais, les discussions portent de plus en plus sur ce qu’il faut construire : des outils d’apprentissage, davantage de textes, des contenus audiovisuels, des ressources numériques et surtout des usages quotidiens capables de transmettre la langue aux nouvelles générations.
Une salle pleine et une mobilisation qui dépasse la cérémonie
La mobilisation a été l’un des faits marquants de cette troisième édition. Organisée par l’Association pour la Promotion de la Langue et de la Culture Soninké (APS), la rencontre a réuni représentants institutionnels, chercheurs, enseignants, acteurs culturels, créateurs de contenus, jeunes et membres de la diaspora. Selon les organisateurs et les équipes ayant participé à la communication de l’événement, la Salle I de l’UNESCO, d’une capacité de plus de 1 600 places, affichait complet. Une image forte pour une langue longtemps portée d’abord par la famille, les villages, les griots, les associations et les migrations.
De l’oral à l’écrit : le véritable défi
Le soninké possède une tradition orale d’une richesse considérable. Contes, proverbes, récits historiques, poésie, chants et généalogies ont permis de transmettre une mémoire collective sur plusieurs générations. Mais la question posée à l’UNESCO est celle du passage à une nouvelle échelle. Une langue qui veut vivre durablement doit aussi pouvoir être lue, écrite, enseignée et utilisée pour expliquer le monde contemporain. Il ne s’agit donc pas d’opposer l’oral et l’écrit, mais de faire de l’un la force de l’autre.
Cette ambition traverse également les célébrations organisées dans plusieurs pays. Au Sénégal, des acteurs de la communauté ont plaidé pour une présence beaucoup plus forte du soninké dans l’écosystème numérique, afin que l’urbanisation, l’émigration et la domination des langues majoritaires ne coupent pas les enfants de leur langue familiale. La question de l’édition et de la diffusion des ouvrages en soninké revient elle aussi avec insistance : écrire ne suffit pas si les livres ne circulent pas et si les jeunes ne peuvent pas facilement y accéder.
Le numérique, désormais au cœur de la transmission
Applications mobiles, dictionnaires et glossaires numériques, plateformes éducatives, vidéo, intelligence artificielle, claviers adaptés, contenus pour enfants : le numérique apparaît désormais comme l’un des terrains décisifs pour l’avenir du soninké. La troisième édition ne présente plus la technologie comme un simple outil de sauvegarde. Elle pose une ambition plus large : faire du soninké une langue présente dans les usages numériques de tous les jours, capable de produire des contenus, de transmettre des connaissances et de participer à la création contemporaine.
La jeunesse mise au défi de parler, argumenter et créer
Les images publiées par La Chaîne Soninké montrent cette volonté de sortir d’une célébration uniquement symbolique. La grande joute oratoire bilingue autour de la question « La langue soninké disparaîtra-t-elle ? » place directement les jeunes au centre du débat. La compétition interactive Kahoot, avec des questions en soninké et leur traduction orale en français, montre une autre manière d’apprendre : plus ludique, plus participative et adaptée aux pratiques d’une génération habituée aux écrans.
Ces séquences disent peut-être l’essentiel de cette édition. Pour qu’une langue reste vivante, il faut pouvoir l’utiliser pour raconter une histoire, défendre une idée, répondre à une question, apprendre, enseigner, rire, débattre et créer. La transmission ne peut plus reposer uniquement sur l’injonction faite aux enfants de « parler soninké à la maison ». Elle doit aussi leur donner envie de choisir cette langue dans les espaces où ils construisent leur avenir.
Une semaine entière pour faire vivre la langue soninké
La célébration de 2026 ne s’est pas limitée à la journée du 22 septembre à l’UNESCO. En Île-de-France, la Semaine de la langue soninké a multiplié les rendez-vous pour faire sortir la langue des seules conférences et la faire vivre dans la littérature, les contes, le cinéma, les débats et les rencontres populaires.
Le programme a commencé le 21 septembre au Pré-Saint-Gervais avec un Café littéraire. Après la grande journée du 22 septembre à l’UNESCO, Montreuil a accueilli le 23 septembre une matinée « Contes et comptines soninkés » destinée notamment aux enfants, tandis qu’Aubervilliers proposait le même jour une projection-débat autour de Masalanne xidifataye. Le 25 septembre, une conférence-débat s’est tenue à l’école Stéphane-Hessel de Montreuil. Ces rendez-vous donnent une dimension très concrète au mot « transmission » : écouter, lire, débattre et apprendre ensemble.
Saint-Denis : le Village Soninké au cœur de la transmission populaire
Le samedi 26 septembre 2026, le Parvis de l’Hôtel de Ville de Saint-Denis, place du Caquet, a accueilli le Village Soninké de 13 h 30 à 21 h. Ce rendez-vous prolonge une initiative déjà mise en lumière par La Chaîne Soninké lors de l’édition précédente : recréer au cœur de la ville un espace où langue, culture, artisanat, mémoire, musique et rencontres se côtoient.
Le Village Soninké occupe une place particulière dans cette semaine parce qu’il permet de toucher un public beaucoup plus large qu’une conférence. Les familles, les enfants et les passants peuvent entrer directement en contact avec les expressions vivantes de la culture soninké. Saint-Denis, où l’Association pour la Promotion de la Langue et de la Culture Soninké est implantée, devient ainsi l’un des points d’ancrage de cette mobilisation en France.
Le Salon du Monde Soninké, autre temps fort du week-end
Les 26 et 27 septembre, la dynamique s’est poursuivie à Paris avec la deuxième édition du Salon du Monde Soninké, au 2-4 boulevard Marguerite-de-Rochechouart dans le 18ᵉ arrondissement. La Chaîne Soninké a également couvert ce rendez-vous, consacré aux acteurs, initiatives et personnalités du monde soninké. À travers ces différents événements, la semaine a relié langue, culture, économie, création, jeunesse et diaspora.
La célébration a par ailleurs dépassé les frontières françaises : Dakar, Nouakchott, Nouadhibou, la Côte d’Ivoire, Waoundé, Grenoble, Québec et Montréal figuraient notamment dans le calendrier international 2026. Cette multiplicité des lieux rappelle que le soninké est une langue transfrontalière dont l’avenir se construit simultanément en Afrique et dans les diasporas.
Une langue transfrontalière et une célébration internationale
La dynamique ne s’est pas arrêtée à Paris. La Journée internationale de la langue soninké a également donné lieu à des célébrations en Afrique de l’Ouest et dans les diasporas. Au Mali, au Sénégal, en Mauritanie, en Gambie, en Côte d’Ivoire et ailleurs, les initiatives ont rappelé une particularité fondamentale du soninké : la langue traverse les frontières nationales et relie des communautés dispersées sur plusieurs continents. Cette géographie constitue un défi pour l’harmonisation et l’enseignement, mais elle représente aussi une force exceptionnelle pour produire et partager des contenus à l’échelle internationale.
Après la reconnaissance, le temps de la production
La troisième édition de la JILSO aura donc porté un message clair : la reconnaissance par l’UNESCO ne doit pas être considérée comme un aboutissement. Elle constitue plutôt un point de départ. Le prochain défi se jouera dans les familles, les écoles, les universités, les associations, les maisons d’édition, les studios audiovisuels et les plateformes numériques.
Pour La Chaîne Soninké, qui documente depuis plusieurs années les initiatives culturelles, associatives et linguistiques de la communauté, cette évolution pose aussi une responsabilité aux médias soninké : produire davantage dans la langue, archiver les paroles, rendre les contenus accessibles et créer des formats capables d’intéresser les enfants comme les adultes.
Une langue ne vit pas seulement parce qu’elle est célébrée une journée dans l’année. Elle vit lorsque ses locuteurs décident de la parler, de l’écrire, de la transmettre et surtout de créer avec elle. C’est sans doute le message le plus fort laissé par cette troisième édition.
Par Mamadou SOW — La Chaîne Soninké
Sources : couverture et vidéos de La Chaîne Soninké ; programme officiel JILSO 2026 ; UNESCO ; Association pour la Promotion de la Langue et de la Culture Soninké ; APS Sénégal.